Made In Marseille: l’interview de Jean-Luc Chauvin, candidat à la présidence de la CCIMP

27/10

Jean-Luc Chauvin

Made in Marseille – Bonjour Jean-Luc Chauvin. Vous êtes très impliqué depuis de nombreuses années dans le développement des entreprises du territoire. Être candidat aux élections de la CCIMP était donc une évidence pour vous ? 

Jean-Luc Chauvin – À vrai dire ce n’était pas trop dans mes plans car quand j’ai quitté mon poste de Président de l’UPE13 en 2015, je comptais me concentrer sur mon entreprise et ma vie personnelle. Très vite un certain nombre de présidents de fédérations et de territoires sont venus me chercher en me disant qu’il fallait que je m’occupe de l’intérêt d’aller à la Chambre de Commerce.

En réfléchissant et en discutant, on est arrivé à la conclusion que la CCI est un outil exceptionnel qui nous permettrait certainement de pouvoir mettre en place le changement de modèle prôné pendant les cinq ans de mandat de l’UPE 13. En quelque sorte de passer de la parole aux actes. C’est pour cela que nous avons lancé la convention « 13 engagés » qui depuis le départ est un projet participatif. On a mis en place une plateforme collaborative et des ateliers thématiques pour recueillir l’avis des entrepreneurs pour préparer le projet. Au total, 2 500 personnes ont participé : on a donc un vrai projet collectif de territoire.

Qu’est-ce qui vous différencie dans le fond avec la liste opposée ? Dans les déclarations faites dans la presse ces dernières semaines, 13 engagés et Énergie PME se mobilisent autant pour les TPE et PME, alors pourquoi une liste différente ? 

C’est une question qu’il faut poser à Énergie PME. Je pense avoir pratiqué jusqu’à présent le jeu collectif et comme je l’ai déjà dit dans la presse : il n’y a pas de place pour la division et les enjeux d’ego de personne. Pour autant, malgré les propositions qu’on a pu faire à la CGPME y compris jusqu’à 25% de sièges, l’accord n’a pas pu être possible. Je pense que c’est une grande imprudence car les entrepreneurs ont envie d’autre chose que des divisions de leurs représentants. Et quelque part tout le discours qu’on a mis en place depuis cinq ans à l’égard des politiques, on est en train de le démolir.

Maintenant, on peut aussi, sait-on jamais, avoir quelques avantages car ça fera voter plus de monde et intéresser plus de gens. Faudrait-il encore que chacun ait un projet pour que l’on puisse discuter de ces projets-là et non pas de tambouille, de postes et de personnes. J’attends avec impatience le projet d’Énergie PME que j’espère on aura très vite. Je pense que nous avons à peu près le même diagnostic sur l’état du territoire donc il n’y aura probablement pas de gros écarts entre notre vision, notre cap et nos actions donc c’est sûr que l’on peut se poser la question du pourquoi nous ne sommes pas ensemble.

Quel est votre diagnostic justement de l’état du territoire Aix Marseille Provence ? 

Notre constat est que le territoire d’Aix Marseille Provence est multi activité contrairement à d’autres comme Toulouse ou Grenoble qui sont axés sur une activité. On a en plus des leaders français, européens et mondiaux dans tous les domaines et de grandes infrastructures comme le port ou l’aéroport. Tout cela est une chance pour notre territoire car il a tous les atouts pour devenir une grande métropole économique mondiale. On a donc décidé de viser comme objectif de faire du territoire Aix Marseille Provence un champion économique de cette métropole.

En parallèle, notre territoire est situé juste en face de l’Afrique et toutes les structures internationales d’analyse économique confirment que la croissance mondiale sera tirée par le réveil de ce continent pendant les 20 prochaines années. Il faut donc se réouvrir sur la Méditerranée afin de faire de notre territoire le New York de la Méditerranée. C’est pourquoi on revendique cette ambition d’être numéro 1 sur la Méditerranée.

Quelles seront les actions prioritaires de votre mandat pour arriver à ces deux objectifs, à savoir faire d’Aix Marseille Provence un champion et le New York de la Méditerranée ? 

Pour y arriver, on a pris en considération trois axes principaux : qualifier notre territoire dans la compétition internationale, faire gagner des parts de marchés à toutes nos entreprises et prendre la pole position dans les pratiques innovantes.

On a décidé, comme il faut agir fort et vite, de prioriser 13 actions très précises pour fonctionner. Par exemple tout un grand plan pour le centre-ville, des éléments pour accélérer la croissance de l’activité croisière, un observatoire du foncier accessible et disponible, la création en matière de transports d’une application digitale de la mobilité « Tous transports », etc. Ces 13 priorités sont des projets concrets et simples.

Parmi ces priorités, il y a notamment la création d’une Zone Franche Urbaine (ZFU) dans le centre-ville de Marseille qui permet aux entreprises qui s’y installent de bénéficier d’exonération de charges fiscales, comme c’est le cas dans les quartiers nord…

Il y a la création de la ZFU en ville parmi les priorités mais il y a surtout l’enjeu du développement de nos centres-villes. La zone franche n’est pas suffisante en elle-même mais couplée à une réhabilitation du centre-ville et des animations, c’est le cocktail gagnant pour faire revenir les entreprises. C’est pourquoi on veut aussi exiger un Plan Marshall « Propreté, Sécurité, Accessibilité, Stationnement », mettre en place des capitaines de rue qui fassent le lien entre les associations de commerçants et les collectivités et recréer des animations dans le centre-ville.

La réalité c’est qu’il n’y a pas de grandes idées révolutionnaires qui vont réussir mais tout un tas de petites actions les unes à côté des autres. La fiscalité est un effet de levier supplémentaire qui laisse quelques moyens de plus aux commerçants et aux entreprises en place qui permet d’investir.

Quel serait le périmètre de cette ZFU ? 

Je pense qu’il faut voir grand. Si on peut avoir la totalité du centre-ville, ce sera mieux qu’une seule partie. Il y a peut-être d’autres moyens pour arriver à des efforts de la part des collectivités sans en arriver à une ZFU totale. Ce qu’il y a de certain, c’est que si on ne se bat pas pour l’avoir on ne l’aura pas. Je crois savoir que mes concurrents sont d’accords sur ce point, c’est donc la preuve qu’il y a là une vraie nécessité.

Mettre en place une ZFU ne risque-t-il pas de nuire au développement et à l’attractivité des quartiers nord qui sont les seuls à bénéficier d’une ZFU pour le moment ? Les entreprises ne risquent-elles pas de vouloir s’implanter dans le centre-ville, plus attractif, plutôt que dans les quartiers nord ?

Mais est-ce que créer une ZFU dans les quartiers nord en 1995 ne risquait pas de nuire à d’autres secteurs de la ville et de poser d’autres problèmes ? Si on prend ce genre de raisonnement, on n’avance jamais. Je crois qu’aujourd’hui les entreprises qui sont implantées dans la ZFU des quartiers nord ne vont pas en partir parce qu’une autre ZFU va être créée. Il suffit aussi de mettre des conditions pour accéder aux aides de la nouvelles ZFU qui permettent d’éviter ces transferts-là. Tout doit se prévoir.

L’exemple du centre-ville de Toulon où une ZFU a été mise en place montre bien que c’est une réussite et que ça fonctionne bien. Donc si on a des outils qui fonctionnent, pourquoi ne pas les utiliser ? C’est le sujet des peurs. On a toujours peur quand on fait quelque chose que ça pose un problème donc on ne fait rien. C’est ce qu’on dénonce depuis des décennies, sur ce territoire. A un moment donné il faut prendre nos responsabilités et nous sommes là pour les prendre.

Vous prenez l’exemple du classement en ZFU du centre-ville de Toulon en 2006. Est-ce que le centre-ville de Toulon et sa banlieue avaient les mêmes problématiques et enjeux à l’époque que Marseille aujourd’hui ? 

Non probablement pas. Mais le centre-ville de Toulon était en train de se paupériser, le commerce était en grande difficulté encore plus qu’à Marseille et on voyait que les gens venaient moins en centre-ville pour différentes raisons. La situation était plus grave et ça a bien fonctionné. Il n’y a pas de raisons que ça ne fonctionne pas pour nous et même plus vite car à Toulon ça a quand même mis longtemps.

On voit aussi qu’à Montpellier ou Aix-en-Provence, les rues commerçantes sont composées aussi de restaurants où faire des pauses entre deux actes d’achats. Pourquoi ne pas faire pareil à la rue Saint-Ferréol ? On sait en regardant ailleurs et en l’adaptant à Marseille ce qu’il faut faire. À nous de fédérer les énergies et de faire en sorte de mettre en commun la parole des commerçants par leurs associations et celle des politiques pour arriver à des résultats.